RECOLTES ET SEMAILLES, DE L’INFINI DISPONIBLE ( Article publié dans la revue « Grand Continent », par Yves Le Pestipon, récent Président de notre Acdamie et auteur d’un film sur Grothendieck Voici la version sur le site de la revue: https://legrandcontinent.eu/fr/2022/01/26/recoltes-et-semailles-de-linfini-disponible/ Le plus étonnant, avec Alexandre Grothendieck, c’est qu’il ait existé. On en parle beaucoup. On l’ignore. Le nombre de pages qui lui sont consacrées est considérable. Lorsqu’une rencontre a lieu à son propos, par exemple pour projeter un film qui parle de lui, même dans des endroits reculés, des publics divers se constituent. Viennent des professeurs de mathématiques, des philosophes, des poètes, des néo-ruraux, des jeunes comme des vieux, des hommes comme des femmes, des mystiques et des rationalistes de stricte obédience. Grothendieck, ici ou là, est culte, mais la plupart des gens, même cultivés, quand on cite son nom, ne savent rien de lui. Tout au plus ont-ils aperçu un titre, dans un des journaux qu’ils fréquentent, ou entendu son nom dans une émission. Quant à ceux qui savent qu’Alexandre Grothendieck fut un des plus grands mathématiciens de tous les temps et qu’il est mort en ermite, quelque part dans l’Ariège, en 2014, ils signalent aussitôt qu’ils n’ont aucune idée de ce qu’il a fait vraiment, que ses mathématiques sont inaccessibles, et qu’ils ignorent les textes qu’il aurait écrits. C’est comme si Grothendieck n’avait pas existé, mais son existence est avérée, et elle étonne. Grothendieck fut un européen, qui vécut longtemps apatride, et mourut français, à Lasserre, quarante ans après avoir été naturalisé. Son père, qui était russe, combattit pour la révolution, puis passa en Allemagne, puis lutta aux cotés des républicains espagnols et mourut, comme juif, à Auschwitz. Sa mère était allemande, très liée aux milieux d’extrême gauche, et, pendant la guerre, elle fut retenue avec son fils Alexandre dans des camps français, dont celui de Rieucros près de Mende. Après la Libération, Alexandre commença des études de mathématiques à Montpellier, puis fut introduit dans la communauté à Paris, où il apparut vite, parmi ses collègues émerveillés, comme un des plus puissants initiateurs du mouvement de création mathématique d’alors. Il obtint la médaille Fields, et diverses reconnaissances internationales, et sut en faire des armes. À la fin des années soixante, après vingt années de travaux scientifiques exceptionnellement amples, plusieurs évolutions se produisirent, en lui et autour de lui, qui le conduisirent à porter un regard...
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