Médecines de l’Ailleurs


DISGRESSION SUR LA MEDECINE PRE-COLOMBIENNE
DANS LE CADRE DES MEDECINES DE L’AILLEURS °

– Les connaissances que nous possédons sur la médecine des Incas et sur celle des Aztèques, proviennent, on le sait, des différents manuscrits ou Codex **, qui sont le dernier témoignage des survivants d’une civilisation auprès de ceux qui les ont détruits, au XVIe siècle de notre ère.

– La destruction de la population indienne (neuf millions de morts en un siècle, 85 % de la population totale) intéresse l’histoire de la médecine puisqu’elle correspond, également, à l’introduction par l’Occident des maladies épidémiques comme la rougeole, les fièvres éruptives et surtout la variole (trois épidémies particulièrement redoutables en 1520, 1545 et 1576).

– Les médecines des magnifiques cultures qui ont précédé les Aztèques : Maya, Téotihuacan, Olmèque, ou les Incas Mochica et Chavin, ne nous ont été qu’insuffisamment révélées. Tout juste peut-on faire une assimilation entre la médecine aztèque – Toltèque (pour la mémoire Aztèque, les Toltèques étaient des « sages » qui avaient inventé la médecine : ticiotl (16)), et la médecine Inca-chimu, (cultures qui les ont précédées directement). Sur un fond culturel commun, il existe déjà des particularismes sinon des différences significatives entre pratiques aztèques et incas. Pour ces dernières, par exemple :

  • Pas d’écriture
  • Peu ou pas de sacrifices humains
  • Usage de la coca
  • Usage plus fréquent des saignées et des purges
  • Déformation volontaire des crânes
  • Trépanation

– Cette quasi-ignorance de ou des médecines de « l’Antiquité » amérindienne, couplée à l’interruption brutale au XVIe siècle de leurs évolutions, fait qu’avec les Aztèques au Nord et les Incas au Sud, nous avons seulement une périodede l’Histoire de la Médecine d’un continent, correspondant environ (du XII au XVe siècle) à la Chine des Song et des Yuan et à l’invasion moghole dans l’Inde.

– Il me parait d’ailleurs très important si nous faisons « l’état des lieux » au début du XVI è siècle de la médecine en Amérique, en Inde, en chine et en Occident, de voir que si, dans la pratique, il n’y a guère de différences entre les quatre (en tenant compte bien sûr de l’originalité de chacune) dans la théorie, c’est seulement en Occident que vont se manifester les découvertes fondamentales de la « première révolution biologique ».

– La comparaison succincte des médecines de l’Ailleurs que j’ai entrepris, suggère de grandes ressemblances entre la médecine pré colombienne et celle de la Mésopotamie, que sépare pourtant plus de trois mille ans !

  • Empire
  • Roi- Dieu
  • Astronomie et Astrologie
  • Pharmacopée et sacrifices
  • Médecins – Exorcistes

Peut-être a-t-on là, avec cet « intermède » des Aztèques et des Incas, dont nous avons parlé le modèle « épistémologique » par lequel doit passer toute médecine et l’exemple parfait de la nécessité de l’irrationnel avant puis à côté de l’empirique et enfin du scientifique.-

Enfin, n’est-il pas surprenant et émouvant de trouver aujourd’hui la survivance de ces médecines, au Mexique, chez les indiens du village Nahualt de Téquila, l’appel à la « guérisseuse d’effroi » pour guérir « l’espanto » ou maladie de la frayeur *** .

Dans la région des Andes, au nord du Pérou, l’utilisation du « San Pedro » (trichocerus Parachanoi, cactus « Mescalinique ») à des fins divinatoires et thérapeutiques sans discontinuité depuis 1300 avant notre ère ****

  • *Par « médecine de l’Ailleurs » il faut entendre « Médecines différentes dans l’espace et dans le temps. »
  • ** Il faut savoir pourtant qu’aucun codex de l’ancien Mexique ne concerne directement les questions médicales. Heureusement, les calendriers, les livres divinatoires, les annales, les rituels nous livrent des renseignements indirects. L’ancienne médecine aztèque est surtout connue grâce à celui de l’Inca Garcilaso de la Véga
  • ***  Georgette Soustelle : « la maladie de la frayeur chez les Indiens du Mexique » in : G M de France – T 79 – N° 25 – 7.7.1972
  • *** Maria Pualia, Antonio Bianci : le San Pedro, in : Dépendances, Vol 1, N° 1, 1989


MESOPOTAMIE

  • Tablettes d’argile sumérienne (2.500 avant notre ère)
  • Le « Traité Akkadien » de diagnostics et de pronostics médicaux
  • Code d’Ammurabi (entre 2e et 1e millénaire)
  • Bibliothèque de Ninive (-650)

PRE COLOMBIEN

  • Manuscrits (codex) du frère B. Sahagun du médecin espagnol F. Hernandez et du médecin indien Martin de la Cruz

Du XVI è siècle

  • Commentaires royaux sur les Incas -1609 de Garcilaso de la Vega
  • Représentation artistique, anthropomorphes et réalistes (céramiques, objets sculptés, fresques)
  • Pierres, champignons des Mayas

Inde

  • Les Védas (2è millénaire avant notre ère) : l’Atharvavéda
  • Textes sanscrits du Caraka et surtout du Sucruta (Il et I siècle avant notre ère)

Chine

  • Inscriptions oraculaires sur os et écailles (XIV è – XI è siècle avant notre ère)
  • Fouilles de Mawangdi
  • Le Huangdi Neijing (I siècle avant notre ère)

MESOPOTAMIE

  • Les maladies viennent des Dieux d’abord punition arbitraire puis juste sentence contre la faute de l’homme :

Fautes morales

Impuretés physiques        Fautes parentales

  • Quelquefois « possession » démoniaque (sorcier lançant un démon de la maladie)

PRÉ-COLOMBIEN

  • Maladies : châtiment infligé par les Dieux à tous ceux qui avaient « fautés 
  • Si chaque Dieu avait son éventail de maladies, d’autres avaient les possibilités de guérison
  • Les dieux n’exerçaient leur action bonne ou mauvaise qu’aux jours qui leurs étaient assignés par le calendrier divinatoire de 260 jours « le « tonalpohualli »
  • Maladies pouvant être données par magie
  • Division entre maladie froide et maladie chaude (influence chinoise ?)
  • Connaissance empirique et observation minutieuse des pathologies et des plantes

    INDE

  • 4 éléments fondamentaux de l ’Univers : l’Air, la Terre, le Feu et l’Eau
  • Mise en mouvement de la vie par un « souffle »
  • Le corps humain est constitué de 7 substances : le sang, le chyle, la chair, la graisse, l’os, la moelle et le sperme
  • La bonne santé repose sur leur équilibre : l’excès ou l’insuffisance de l’un provoquant la maladie
  • Aspect magique (démons et mauvais sorciers qui persistent dans la médecine populaire)
  • Influence du bouddhisme : régler la vie

Chine

  • La vie est due au « souffle » qui se présente dans l’univers et dans le corps sous deux modalités complémentaires le Ying et le Yang
  • Macrocosme – microcosme
  • Théorie des 5 agents
  • École des nombres
  • La maladie est un déséquilibre entre l ’homme et le monde et entre les différents éléments constitutifs du corps
  • Influence du Taoïsme, techniques dites de longue vie, pratique de l’alchimie et des talismans

  • Influence du bouddhisme entre le IV et le Xe siècle de notre ère

MESOPOTAMIE

– Interrogatoire serré pour rechercher la culpabilité du malade       Interprétation des songes (oniromancie)

  • Autres méthodes divinatoires et surtout hépatoscopie
  • Recherche de l’influence des astres nombres et calendrier Respect des augures

PRE COLOMBIEN

  • Méthode du calendrier
  • Méthode de divination (grain de maïs, cordelettes, position des feuilles de coca jetées au sol)
  • Observation empirique de la peau, des yeux, des dents, du teint
  • INDE
  • Interrogatoire : voix, respiration, mouvement
  • Examen : aspect général peau, langue, sueurs, urines

       – Pouls (mais après le VIII è siècle de notre ère par influence chinoise)

        CHINE

              L’Extérieur reflète l’Intérieur

   Interrogatoire et Inspection

   Examen de la langue

   Palpation des pouls

MESOPOTAMIE

  • Drogues surtout végétales mais aussi animales et minérales
  • Très grand nombre de recettes pour les diverses affections                -Utilisation le plus souvent de l’action des plantes avec celle de la       prière ou de l’opération magique
  • Contention des fractures
  • Extraction des corps étrangers
  • Amputation
  • Sondage urinaire

PRE COLOMBIEN

  • Médicaments des 3 règnes avec Pharmacopée végétale remarquable et originale
  • Saignées et bains de vapeur
  • Réduction des fractures
  • Acte de petite chirurgie
  • Trépanation surtout chez les Incas
  • Amputations
  • Soins des caries et extractions dentaires

     Inde

  • Règles d’hygiène de vie :

. Eau

. Maîtrise corporelle    Alimentation 

Disciplines respiratoires Yoga.

Pratiques sexuelles

  • Drogues des 3 règnes mais surtout végétal
  • Petite chirurgie
  • Traitement des malformations
  • Sondage urinaire

^ Chine

  • Techniques de « longue vie » d’inspiration taoïste
  • Pharmacopée surtout végétale
  • Moxibustion
  • Acupuncture
  • Gymnastique, type Daoyin
  • Manœuvres manuelles
  • Contention des fractures


MESOPOTAMIE

– 2 corporations :

. Les « Asû », à la fois guérisseurs et voyants peu nombreux qui n’exerçaient leur art que dans les Cours et les capitales. Les âshipu » ou exorcistes, auxquels étaient dévolus la pratique courante, dérivée de l’antique magie

** PRE COLOMBIEN

  • Caste des médecins-devins (ministre des Dieux auprès des hommes)
  • Enseignement oral dans les temples
  • Médecins pouvant être des hommes ou des femmes
  • Sage-femme

Inde

  • Profession hiérarchisée
  • Médecins à la Cour des souverains et des princes locaux
  • Certains sont salariés dans des centres de soins financés par les seigneurs
  • Des guérisseurs exercent partout
  • Les médecins apprennent leur métier auprès de « sorciers » qui dispensent un enseignement théorique, pratique et surtout moral

Chine

  • Médecins très hiérarchisés
  • Écoles de médecine et de pharmacies surtout à partir des Song
  • Le médecin fait partie des « lettrés »
  • Moines médecins taoïstes et bouddhiques
  • Nombreux « guérisseurs » dans la médecine populaire

MESOPOTAM          – La Mancie

PRE COLOMBIEN

  • La succion des plaies et des abcès
  • Les drogues hallucinogènes
  • La trépanation des Incas

–    Bain de vapeur individuel sur « claie »

  • INDE

– Les « cakra » du Hathayoga

Chine

  • L’étude des pouls et l’acupuncture
  • Le Daoyin

                                               REPÈRES   BIBLIOGRAPHIQUES

ALARCON D., SEGOVIA D.     La représentation   pré -colombienne des affections                                                           rhumatismales en Méso Amérique,

                                               In : Les affections rhumatismales dans l’Art et l’Histoire

                                               Ed. R. Malherbe, Bruxelles

BRAIN P.                                 Médecine et sorciers des Andes,

                                               1971

CASTADENA C.                          L’Herbe du diable et la petite fumée

                                               Le Soleil Noir, Paris, 1972

COURY CH.                             La médecine de l’Amérique pré colombienne,

                                               Paris, 1969

DESTAING F.                           Le choc des deux mondes,

                                               Bicolore Roussel, N° 115, Mai 1974

EYMERI J.C                              Histoire de la médecine aux Antilles et en Guyane   

                                                Ed. L’Harmatan, Paris,1992

GARCILASO DE LA VEGA          Commentaires royaux sur le Pérou des Incas

                                                 Maspero Éditeur, Paris, 1982, 3 T. 

HARCOURT R.                           La Médecine dans l’ancien Pérou

                                                 Paris, 1939

HERBERT STEVENS F.                L’Art ancien de l’Amérique du Sud

                                                Arthaud, Paris, 1972

HEIM R.                                    Les champignons toxiques et hallucinogènes

                                                Ed. Boubée, Paris, 1963

LEWIN L.                                   Phantastica (1925)

                                                 Petite Bibliothèque Payot, Paris, 1970

PELT Y.                                      Drogues et plantes magiques

                                                  Horizons de France éditeur, Paris, 1955

SAHAGUN de B.                          Histoire générale des choses de la nouvelle Espagne (extraits)

                                                  Maspero Éditeur, Paris, 1981

SENDRAIL M.                             Histoire culturelle de la maladie

                                                   Éditions Privat, Toulouse, 1980

SOURNIA J.C.                               Histoire de la Médecine

                                                   La Découverte, Paris, 1992

SOUSTELLE J.                               La vie quotidienne chez les Aztèques à la veille de la conquête                                           espagnole

                                                     Hachette Éditeurs, Paris, 1955

SOUSTELLE J.                                Les civilisations amérindiennes,

                                                     Histoire des mœurs, T. III, La Pléiade, Gallimard, Paris, 1991


[*] Il faut savoir pourtant qu’aucun codex de l’ancien Mexique ne concerne directement les questions médicales. Heureusement, les calendriers, les livres divinatoires, les annales, les rituels nous livrent des renseignements indirects. L’ancienne médecine aztèque est surtout connue grâce à celui de l’Inca Garcilaso de la Véga

[†] Georgette Soustelle : « la maladie de la frayeur chez les Indiens du Mexique » in : G M de France – T 79 – N° 25 – 7.7.1972

** Maria Pualia, Antonio Bianci : le San Pedro, in: Dépendances, Vol 1, N° 1, 1989



Académie des Sciences, Inscriptions et Belles-Lettres de Toulouse
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