Paysage et écriture ou le monde comme un alphabet par Françoise Besson.
PAYSAGE ET ÉCRITURE OU LE MONDE COMME UN ALPHABET Communication à l’Académie des Sciences, Inscriptions et Belles-Lettres de Toulouse le 15 mai 2014. Par Mme Françoise BESSON Fig. 1 : Les écritures du monde sur la façade de la bibliothèque d’Alexandrie. Photo Jean Belondrade. Reproduit avec l’aimable autorisation de l’artiste. © Jean Belondrade. Le monde est-il recouvert d’un alphabet ou le monde est-il tout entier alphabet ? Quand on observe les choses de l’univers et que l’on pense aux formes des lettres dans toutes les cultures, la question se pose. La photographie qui ouvre cet article, photographie de la façade de la nouvelle bibliothèque d’Alexandrie, couverte de toutes les écritures du monde, révèle, à travers l’angle de prise de vue, une forme circulaire qui donne l’impression que c’est la planète tout entière qui est recouverte de lettres (fig. 1). L’écriture, née de l’observation des choses, apparait comme un signe de lecture du monde et de notre rapport au monde dans une relation réciproque où toutes les formes d’écriture viennent de l’observation première et où les alphabets ainsi créés se retrouvent dans la nature de façon plus cachée, où le monde lui-même devient alphabet (mot désigné simplement à partir de deux lettres). Et cette observation pourrait suggérer une autre manière d’apprendre à lire en somme… « Les montagnes sont l’alpha et l’omega du monde naturel » écrivait John Ruskin, reprenant les mots de l’Apocalypse : « Je suis l’alpha et l’omega, dit le Seigneur Dieu, celui qui est, qui était, et qui vient, le Tout Puissant », Apocalypse, 1.8. Deux lettres grecques pour définir le début et la fin de tout, pour définir le divin, le monde et l’univers dans sa totalité, deux petites lettres qui figurent le Tout dans la symbolique chrétienne, le Tout naturel dans la symbolique romantique, comme le suggère Ruskin ; les montagnes vues dans l’œil de l’artiste, les montagnes qui sont l’image dans le paysage de la création en mouvement, image de la nature éternelle, deviennent deux lettres. Le monde est-il un alphabet ? Cette question m’a été inspirée par les Carnets de voyage de Victor Hugo voyant dans chaque lettre une parcelle du monde, et par un designer qui a eu l’idée de chercher à retrouver dans les formes du paysage australien vu du ciel les lettres de l’alphabet latin. Ce qui apparaît d’abord comme une démarche poétique va plus loin et nous parle de...Lire la suite...