Jean-Luc Laffont


Jean-Luc LAFFONT – Actualités

Jean-Luc Laffont est Maître de conférences en Histoire moderne à l’Université de Perpignan-Via Domitia, où il est chercheur au Centre de Recherches sur les Sociétés et Environnement Méditerranéens (CRESEM-EA 7397). Il dirige la collection « Histoire notariale » aux Presses Universitaires du Midi (Université de Toulouse-II Jean Jaurès) dans le cadre de laquelle il a publié sous sa direction plusieurs ouvrages. 

Spécialiste de l’histoire urbaine de la période moderne en général et de l’histoire de Toulouse en particulier, ses travaux portent plus particulièrement sur les questions relatives à l’ordre public et à l’histoire notariale de la France méridionale (Gascogne, Languedoc, Roussillon), axes de recherches tendus vers une meilleure compréhension des anciennes normes sociales, publiques et privées.

Pour plus de détails, voir le CV en ligne sur le site du CRESEM

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Colloques

24-25 septembre 2020 :

« Les peurs collectives à Toulouse à l’époque moderne », in CHASSAIGNE (P.), DELAPORTE (A.), LE MAO (C.) -dir.-, Peurs urbaines (XVIe-XXIe siècles). Colloque international pluridisciplinaire du Centre d’Etude des Mondes Modernes et Contemporains (CEMMC), Université de Bordeaux-Montaigne, 24-25 septembre 2020. A paraître.

Depuis l’étude de référence que lui a consacré George Lefebvre, les historiens modernistes ont pris l’habitude de considérer la grande peur de l’été 1789 comme un phénomène atypique et isolé. L’étude des peurs collectives survenues à Toulouse et ses environs à l’époque moderne remet en cause cette appréhension d’un type de phénomène dont la complexité n’est plus à démontrer.

L’inventaire aussi exhaustif que possible des mouvements de peurs collectives qu’a connu la capitale languedocienne à l’époque moderne permet de distinguer deux grandes et inégales périodes s’articulant autour du milieu du XVIIIe siècle. Jusqu’à cette époque, sauf exception, les mouvements de peur coïncident avec les fortes poussées d’épidémies et ne présentent aucune originalité par rapport à ce que les historiens ont mis en évidence de longue date en de telles circonstances pour cette période. A partir de 1750, l’on assiste à la montée en puissance d’un sentiment d’insécurité dont l’une des expressions les plus remarquables sont des manifestations répétées de peurs collectives aux origines très diverses. Dans le même temps, et la concomitance n’est pas fortuite, des peurs plus individuelles se laissent appréhender par l’historien plus facilement que jamais auparavant -quid de la relation entre peur(s) individuelle(s) et peur(s) collective(s) ?-.

Selon les cas, à l’échelle municipale et locale et/ou provinciale et gouvernementale, les pouvoirs publics ont tenté de donner des réponses aux problèmes ayant causé ces réactions. Le cas toulousain apparaît dans ces domaines comme une bonne illustration ponctuelle de mesures qu’on sait avoir été plus générales, constat qui ne doit cependant pas faire minimiser leur caractère parfois novateur. Si l’on se tourne vers la population et les façons de faire face à un environnement vécu comme de plus en plus anxiogène, voire dangereux, sur fond de désagrégation des solidarités traditionnelles, Toulouse offre à l’observation une originalité remarquable. En effet, dans les années 1770, l’on assiste à l’émergence et au développement rapide de créations de sociétés de secours mutuels, phénomène aussi précoce qu’important au regard de l’histoire de ce genre d’organisme. Ce qu’on ne désignait pas encore comme la « société civile » a donc cherché à se doter d’institutions de protection sociale laïques visant à combler tout à la fois la disparition (cf. les confréries, de métiers et de charité) ou les carences (cf. les ateliers et autres aides aux démunis des pouvoirs publics) des institutions d’assistance traditionnelle.

Ainsi, les dernières décennies de l’Ancien Régime se dévoilent-elles comme un temps de peurs dans et sur la ville, dimensions inédites qui éclairent sous un jour nouveau bien des aspects de la vie urbaine de cette période.

29 novembre 2019 :

« Une justice municipale d’Ancien Régime : Toulouse », in JUHEL (C.) -éd.-, Le monde du droit en Roussillon et en Europe méridionale du Moyen Age au XIXe siècle. 13e Journées d’histoire et histoire du droit et des institutions de l’Université de Perpignan-Via Domitia, 29 novembre 2019. A paraître.

Associer les magistrats municipaux de l’ancienne France au monde des « hommes de droit » ne devrait pas manquer d’étonner tant il est vrai que cette qualité leur a été rarement reconnue par l’historiographie hexagonale. De fait, on peut aisément constater que les justices municipales sont les parents pauvres d’une historiographie judiciaire aussi ancienne que riche et diversifiée. Certaines vulgates se sont ainsi enkystées dans l’histoire du droit et des institutions comme l’idée que ces juridictions avaient pratiquement disparues à l’époque moderne ou celle que les magistrats municipaux ne pouvaient être de « bons » juges.

La présentation du cas de la justice municipale de Toulouse sous l’Ancien Régime devrait inciter à reconsidérer de telles lunes. Seconde ville dans l’ordre institutionnel du royaume, la capitale du Languedoc était gouvernée par une municipalité (capitoulat) disposant -outre des pouvoirs normatifs (en matière de réglementation de la police –lato sensu-)- de pouvoirs juridictionnels très étendus. En effet, tout au long de son histoire, elle conserva son autorité en matières criminelle, civile, policière et sommaire. Rendant la justice dans ces différents tribunaux, les capitouls pouvaient compter sur l’appui d’un personnel d’officiers et d’exécutants non négligeable. Mais l’ampleur des compétences juridictionnelles du capitoulat ne pouvait que provoquer des frictions avec les autres institutions à vocation judiciaire. Si ces contentieux purent amoindrir l’autorité judiciaire du capitoulat dans certains domaines -notamment au civil semble-t-il- ils ne parvinrent jamais à la remettre en question. Aussi, à la veille de la Révolution, les capitouls arboraient-ils encore fièrement cette titulature :

« Nous capitouls, gouverneurs de la ville de Toulouse, chefs des nobles, juges ès causes civiles, criminelles, de la police, et de la voirie en ladite ville et gardiage d’icelle ».

22 juillet-25 juillet 2019 :

« Crieurs des morts et autres réveilleurs de nuit dans l’ancienne France. Etat de la question », in MONTANDON (A.) -dir.-, Les voix de la nuit. Colloque international du Centre de Recherches sur les Littératures et la Sociopoétique, Université de Clermont-Ferrand, Charroux, 22 juillet-25 juillet 2019. A paraître.

Du Moyen Age au XIXe siècle, les nuits de nombre de villes et de villages de France furent scandées par le son des clochettes et les voix aussi tonitruantes que lugubres de crieurs et autres réveilleurs des morts qui exerçaient par là même un rôle de police nocturne. Il n’est donc pas abusif de dire qu’ils ont incarné, des siècles durant, les « voix de la nuit ». Si quelques rares érudits locaux ont pu en perpétuer le souvenir au travers de quelques publications généralement aussi ponctuelles que limitées, force est de reconnaître qu’ils n’ont guère retenu l’attention des chercheurs contemporains, toutes disciplines confondues. Cette situation s’explique essentiellement par l’indigence des traces documentaires relatives à ces personnages qui se vérifie en tous temps et lieux. C’est donc avec prudence et la réserve qui s’imposent qu’on se risquera à proposer un premier état des connaissances qu’on peut rassembler sur ces figures caractéristiques du quotidien de l’ancienne France.

18-19 avril 2019 :

« François-Raymond David de Beaudrigue, capitoul perpétuel et premier « capitoul policier » de Toulouse (1747-1765) : un prototype avorté de l’ordre urbain des Lumières ? », in GUERRIER (O.) -éd.-, Autour du 400e anniversaire du bûcher de Vanini. La liberté de pensée à Toulouse au temps du Parlement (1443-1790). Colloque international de Toulouse, Hôtel d’Assézat, 18-19 avril 2019. A paraître.

Associer David de Beaudrigue et Lumières pourra sembler une vile provocation à quiconque voit dans Toulouse l’incarnation même de l’intolérance et/ou de la « barbarie », voire milite pour que la capitale languedocienne vive dans l’expiation des « crimes » et la repentance. Jugé -sommairement- coupable d’avoir instruit à charge l’affaire Calas, ce capitoul véhicule une légende aussi noire qu’indécrottable. 

Délaissant autant que faire se peut cette affaire, notre propos visera à éclairer le rôle tenu par David de Beaudrigue au sein du capitoulat. On découvre alors qu’en l’absence de création de lieutenance de police à Toulouse, il fut le premier véritable « capitoul policier », incarnant ainsi le modèle de la police « moderne » véhiculé par la pensée des Lumières, ce qui lui valut d’être soutenu par le pouvoir royal et ses représentants provinciaux. L’autorité qu’il acquit au sein de l’administration municipale, le zèle qu’il manifesta dans sa lutte contre les jeux prohibés et, plus généralement, en matière de police de la ville, en firent la « bête noire » du Parlement. Bien avant 1761, il compta de nombreux ennemis qui eurent beau jeu de stigmatiser ses dérapages dans l’exercice de ses fonctions, lesquels finirent par lui coûter sa place. Avec lui, c’est une forme d’organisation et de fonctionnement de l’ordre urbain « éclairé » (par rapport à l’ordre traditionnel du capitoulat) qui fit long feu.

19-23 mars 2019.

« Les Toulousains face à « l’exil des mort » (1775-1780) », in HANS-COLLAS (I.), UTZINGER (H.) -éd.-, Actes du XVIIIe Congrès international de l’association Danses macabres d’Europe, Paris, 19-23 mars 2019. Paru (voir rubrique publications).

Toujours prompts à « taquiner » les représentants de l’ordre public et à s’affranchir de leurs règlements, grognant souvent, grognant parfois, les Toulousains ont rarement franchi le pas de l’opposition frontale envers les autorités, voire de la révolte à l’époque moderne. Aussi leur opposition résolue à l’ordonnance épiscopale du 23 août 1775 de Loménie de Brienne, portant sur les sépultures et donnant le signal du « grand exil des morts » (P. Ariès) avec l’exclusion des nécropoles de l’enceinte de la cité, ne manque-t-elle pas de retenir l’attention à bien des égards.

A défaut de pouvoir embrasser toutes les dimensions de cette affaire, l’on se focalisera sur ce qui est, à nos yeux, son volet le plus remarquable et le plus novateur. En l’occurrence, elle fait fugacement sortir de l’ombre une forme de vie politique qu’il faut bien qualifier de « populaire », rarement observée dans la ville ancienne, à commencer par la capitale languedocienne où toutes les archives des fabriques ont disparues pour l’époque moderne. Il ne s’agit pas ici de conseils de fabriques paroissiales, mais d’assemblées d’habitants d’une paroisse donnée, fonctionnant selon un système électif et se dotant de commissaires mandatés pour les représenter devant les autorités.

Si ces organismes laissèrent faire sans broncher l’expulsion des morts des églises et des couvents de Toulouse; ils s’opposèrent fermement aux transferts des cimetières paroissiaux. Après avoir joué la carte de l’inertie avec la plus parfaite mauvaise foi, chaque assemblée fut contrainte (début 1779) de faire cavalier seul devant un activisme bien inédit de la part d’une municipalité d’ordinaire beaucoup moins ferme et efficace -l’appui de Loménie de Brienne n’y était certainement pas étranger-. Si certaines se soumirent sans combattre, d’autres ferraillèrent crânement jusqu’au bout (l’interdit de leur nécropole), laissant ainsi entrevoir des dissensions au sein de la population urbaine.

Les arguments mis en avant par les habitants des diverses paroisses pour défendre leurs intérêts sont riches en informations dans des domaines tels que les pratiques funéraires, le rapport des citadins à l’espace, les multiples et divers niveaux de la vie politique dans la cité (on goûtera au passage l’art de retourner l’argumentation hygiéniste des édiles contre elles), etc. … autant d’éclairages qui prennent une dimension particulière à la veille de la Révolution.

20-23 mars 2019 :

« Les Toulousains et les animaux à l’époque moderne : une relation particulière ( ?) », in BESSON (F.), DELPOUX (M.) -dir.-, Animal Love/L’amour des animaux. Actes du colloque international de l’Université Jean-Jaurès et de l’Académie des Sciences, Inscriptions et Belles Lettres de Toulouse, Toulouse, 20-23 mars 2019. A paraître.

8-9 novembre 2018.

« Le dizenier, pierre angulaire des relations de voisinage à Toulouse, de l’Ancien Régime à la Restauration », in CASSARINO (M.), CHRAIBI (A.) -éd.-, Voisinage et altérité en littérature et autres disciplines. Actes du colloque de l’Institut National des Langues et Civilisations Orientales, Paris, 8-9 novembre 2018. A paraître

Les sciences humaines ont généralement considéré les relations de voisinage comme s’il ne s’agissait que de rapports informels conditionnés par la seule proximité spatiale de la résidence et ses aléas. Le cas de Toulouse à l’époque moderne met en évidence le caractère partiel de cette appréhension. 

Effectivement, on peut y mettre à jour, à l’échelle de cette unité de base de l’espace urbain qu’était la dizaine/moulon (ou : paté de maisons), deux structures dument constituées régissant l’ordre du quotidien des habitants : des assemblées de dizaine (composées de représentants des habitants) et/ou des dizeniers. Comme -semble-t-il- dans la plupart des villes où leur présence est attestée, ces derniers faisaient office d’interface entre la municipalité -qui les instituait selon le principe d’un dizenier par dizaine, soit une population de plus de 400 individus à l’échelle de la cité- et la population du moulon auquel ils étaient attachés. En effet, ils avaient la double tâche de représenter d’une part, la municipalité et de faire appliquer ses mesures de police au sein du pâté de maisons où ils vivaient et, d’autre part, la population de leur moulon auprès de la municipalité en se faisant les interprètes de leurs voisins directs en cas de besoin.

Après avoir brièvement rappelé les cadres généraux de cette institution et les grandes lignes de son évolution, on se focalisera sur l’un des deux volets de l’activité des dizeniers : leur rôle de primus inter pares au sein du microcosme vicinal. Si cette facette de leur histoire est restée dans l’ombre jusqu’à présent c’est parce qu’elle n’a laissé que rares traces archivistiques parfois difficiles à interpréter. On cherchera à déterminer autant que faire se peut quand ils intervenaient auprès de la municipalité pour défendre les intérêts de leur communauté et quel pouvait être leur rôle au sein de cette dernière. Quelles que soient ses limites, l’enquête permet d’établir que, sur la longue durée, l’ancien mode de vie urbain a reposé sur des relations de voisinage normées, en partie articulées autour du rôle de représentants connus et reconnus par tous.

Publications 

Le tremblement de terre pyrénéen du 21 juin 1660 : un événement majeur de l’histoire séismique française. Bagnères-de-Bigorre, Société Ramond éd., 2019. 

Médaille 2019 de l’Académie des Jeux Floraux pour une œuvre en prose.

Le tremblement de terre qui se produisit dans les Pyrénées centrales le lundi 21 juin 1660 fut non seulement le plus fort que connut la France au XVIIe siècle mais encore le plus important séisme de l’époque moderne et, ce faisant, l’un des séismes majeurs de l’histoire séismique française. Cet ouvrage propose un état renouvelé des connaissances sur cet événement.

– « Le tremblement de terre bigourdan du 21 juin 1660 », in Pyrénées, 2019, n° 277, pp. 49-61.

– « Le pavé des rues toulousaines sous l’Ancien Régime (XVIe-XVIIIe siècle) », in JUHEL (C.) -dir.-, Vivre en ville. Les problématiques urbaines à travers l’histoire dans le Midi de la France du Moyen Age au XIXe siècle. Actes des XIIes Journées d’histoire et histoire du droit et des institutions de l’Université de Perpignan-Via Domitia, 26 octobre 2018. Perpignan, Presses de l’Université de Perpignan, 2019, pp. 

– « Souvenirs de Jeanne Azaïs sur son « vieux Toulouse au temps des processions » (fin XIXe siècle) », in L’Auta, 5e série, 2019, n° 109, pp. 381-388.

Rapportant ses souvenirs d’enfance toulousaine parvenue au soir de sa vie, Jeanne Azais rapportait se remémorait l’apparition, en 1863, de ce nouveau moyen de transport public qu’était l’omnibus à traction hippomobile. Ce faisant, elle livre des détails qui permettent d’appréhender des traits de mentalité et de comportements de la bonne bourgeoise de Toulouse qui répugnait à se mélanger avec « n’importe qui ». Mais, la démocratisation des transports publics joua pour faire évoluer les mœurs dans le sens d’une nouvelle mixité sociale, phénomène qui toucha aussi la vie des femmes quoiqu’avec un certain retard en ce qui concerne celles de la « bonne société » toulousaine.

– « Les Toulousains face à « l’exil des mort » (1775-1780) », in HANS-COLLAS (I.), UTZINGER (H.) -éd.-, Actes du XVIIIe Congrès international de l’association Danses macabres d’Europe, Paris, 19-23 mars 2019. Vendôme, éd. du Cherche-Lune, 2019, pp. 240-254.

Toujours prompts à « taquiner » les représentants de l’ordre public et à s’affranchir de leurs règlements, grognant souvent, grognant parfois, les Toulousains ont rarement franchi le pas de l’opposition frontale envers les autorités, voire de la révolte à l’époque moderne. Aussi leur opposition résolue à l’ordonnance épiscopale du 23 août 1775 de Loménie de Brienne, portant sur les sépultures et donnant le signal du « grand exil des morts » (P. Ariès) avec l’exclusion des nécropoles de l’enceinte de la cité, ne manque-t-elle pas de retenir l’attention à bien des égards.

A défaut de pouvoir embrasser toutes les dimensions de cette affaire, l’on se focalisera sur ce qui est, à nos yeux, son volet le plus remarquable et le plus novateur. En l’occurrence, elle fait fugacement sortir de l’ombre une forme de vie politique qu’il faut bien qualifier de « populaire », rarement observée dans la ville ancienne, à commencer par la capitale languedocienne où toutes les archives des fabriques ont disparues pour l’époque moderne. Il ne s’agit pas ici de conseils de fabriques paroissiales, mais d’assemblées d’habitants d’une paroisse donnée, fonctionnant selon un système électif et se dotant de commissaires mandatés pour les représenter devant les autorités.

Si ces organismes laissèrent faire sans broncher l’expulsion des morts des églises et des couvents de Toulouse; ils s’opposèrent fermement aux transferts des cimetières paroissiaux. Après avoir joué la carte de l’inertie avec la plus parfaite mauvaise foi, chaque assemblée fut contrainte (début 1779) de faire cavalier seul devant un activisme bien inédit de la part d’une municipalité d’ordinaire beaucoup moins ferme et efficace -l’appui de Loménie de Brienne n’y était certainement pas étranger-. Si certaines se soumirent sans combattre, d’autres ferraillèrent crânement jusqu’au bout (l’interdit de leur nécropole), laissant ainsi entrevoir des dissensions au sein de la population urbaine.

Les arguments mis en avant par les habitants des diverses paroisses pour défendre leurs intérêts sont riches en informations dans des domaines tels que les pratiques funéraires, le rapport des citadins à l’espace, les multiples et divers niveaux de la vie politique dans la cité (on goûtera au passage l’art de retourner l’argumentation hygiéniste des édiles contre elles), etc. … autant d’éclairages qui prennent une dimension particulière à la veille de la Révolution.

– « Ce que Michot de la Cauw disait de Toulouse en 1786 », in L’Auta, 5e série, 2019, n° 108, pp. 343-345.

– « L’épineuse question de la date de naissance de Pierre de Fermat », in L’Auta, 5e série, 2019, n° 104, pp. 158-164.

« La présence des bohémiens dans la France méridionale à l’époque moderne », in Etudes Tsiganes, t. XXXII, 2018, n° 64, pp. 122-137.

On propose ici une synthèse des connaissances sur la présence des bohémiens dans la France méridionale (Provence non comprise) à l’époque moderne (fin XVe-début XIXe siècle). Contrairement à ce qu’on aurait pu imaginer, après une apparition tardive (dans les années 1580), les signes de leur présence qu’on saisit par intermittences plus ou moins longues et toujours ponctuelles dans l’espace sont concordant autour de l’idée qu’ils ne furent jamais très nombreux dans le Midi et toujours en transit jusqu’à l’époque napoléonienne.

« La police des spectacles à Toulouse au siècle des Lumières», in CARVAIS (R.), GLINEUR (C.), SEDILLOT (S.) -dir.-, L’Etat en scènes. Théâtres, opéras, salles de spectacles du XVIe au XIXe siècle. Aspects historiques, politiques et juridiques. Actes du colloque international de l’Université de Picardie-Jules Verne, Amiens, 14-16 juin 2017. Paris, Librairie Générale de Droit et de Jurisprudence, coll. La passion du droit, 2018, pp. 359-371.

Avant 1736, la municipalité de Toulouse (capitoulat) ne se soucia guère des spectacles qui se tenaient dans la ville, qu’il s’agisse de ceux donnés en salles (Logis de l’Ecu, salle de l’opéra) ou en plein air. En 1736, toujours soucieux de mettre leur cité au diapason de son temps, les capitouls érigèrent dans leur Hôtel de ville une salle de spectacles. Le théâtre du Capitole fut ainsi, après celui de Bordeaux (créé en 1735), le premier théâtre permanent de province. Dès lors et jusqu’à la fin de l’Ancien Régime, il fut une préoccupation constante des capitouls qui devaient le gérer en même temps qu’un révélateur des évolutions et des tiraillements travaillant la société toulousaine, parmi lesquels se distinguent les tensions entre le capitoulat et le maréchal-duc de Richelieu qui avait la haute-main sur le théâtre dans la France méridionale, mais aussi avec les troupes cantonnées dans la ville à partir de 1750, sans parler des difficultés avec les directeurs du théâtre et les comédiens. Un nouvel objet de police, propre au temps des Lumières et à son « public », s’imposa ainsi à une gouvernance urbaine intégrant celle de la salle des spectacles.

C’est cette police des spectacles qui retiendra plus particulièrement notre attention tant il est vrai que ce volet de la police urbaine demeure peu et mal connu dans les villes de province. Après l’avoir replacé dans le flux de la production réglementaire du capitoulat, on suivra ses évolutions durant les dernières décennies de l’Ancien Régime qui tendent à distinguer rapidement la « police intérieure » et la « police extérieure » du spectacle. Mais, dans un cas comme dans l’autre, les velléités de maintien de l’ordre public se heurtèrent à bien des difficultés.

« Les catastrophes naturelles dans le Sud-Ouest de la France à l’époque moderne (XVIIe-XVIIIe siècle) au prisme des imprimés occasionnels », in BELIN (O.), FERRAN (F.) -dir.-, Les éphémères et l’événement (XVIe-XXIe siècles). Actes du colloque international de l’Université de Cergy-Pontoise, 12-13 février 2016. Paris, Ed. Maison des Sciences de l’Homme, 2018, pp. 137-158.

Dans une France méridionale d’Ancien Régime qu’une vulgate tenace se plait à camper analphabète, faiblement ouverte à la langue française et sous-équipée en imprimeries, les imprimés « occasionnels » font « massivement » irruption dans le quotidien au début du XVIIe siècle avec la propagande royale développée à l’occasion des guerres de Louis XIII menées en Languedoc (1620-1629). L’ordre revenu, la pratique des occasionnels semble refluer rapidement pour se limiter -apparemment (quid de la Fronde ?)- aux prospectus de marchands d’oviétan et autres charlatans. Une inversion de tendance se produit à la suite du tremblement terre bigourdan du 21 juin 1660 à l’occasion duquel cinq canards (soulignons ce chiffre) au moins sont produits. Désormais, l’essentiel des publications éphémères identifié dans le Midi porte sur des catastrophes naturelles (surtout des inondations) qui comptèrent parmi les plus importantes de leur temps. 

C’est ce petit corpus qu’on se propose d’interroger dans un dialogue constant avec ce qu’on peut savoir par ailleurs des phénomènes dont ils prétendent rendre compte, d’une part, et plus largement des imprimés éphémères, d’autre part. Cette étude croisée visera donc à interroger un type de discours et des formes de médiatisations de l’événement catastrophique sur la base d’une étude de cas régionale inscrite dans la longue durée. Pour ce faire, l’on partira d’une analyse critique des canards portant sur le séisme de 1660 qui, à l’exception des illustrations, s’avèrent répondre aux canons de ce genre de littérature de circonstance. Ce faisant, leur mise en perspective avec une partie des témoignages des contemporains (rédigés a posteriori) permet d’établir leur influence sur la « construction de l’événement » et, ce faisant, combien ces sources, ainsi mises en regard, sont délicates à manipuler pour l’historien. 

Dans la France méridionale comme ailleurs, les relations de catastrophes évoluent notablement au siècle des Lumières. Ce processus complexe se caractérise notamment par un relatif (cf. la question de la définition de ces imprimés) effacement des canards au bénéfice de relations moins sensationnelles et plus « techniques » et circonstanciées. Il débouche, à l’occasion de l’inondation majeure de la Garonne du 17 septembre 1772, sur de véritables entreprises de communication institutionnelles -émanant des Etats de Nébouzan et de la municipalité de Toulouse- avant la lettre qui n’en portent pas moins la marque des codes instaurés par les imprimés éphémères antérieurs. 

Conférences

20 janvier 2020 :

Les hommes et la catastrophe : autour du tremblement de terre bigourdan du 21 juin 1600. Association Bellevue-Roseraie Culture, Toulouse.

15 janvier 2020 :

La sismicité historique dans les Pyrénées : le tremblement de terre du 21 juin 1600. Rotary club de Toulouse.

16 novembre 2019 :

Bagnères-de-Bigorre et les Pyrénées à l’heure du séisme majeur du 21 juin 1660

Société Ramond, à l’occasion de l’exposition « Risques naturels dans les Pyrénées », organisée par le Centre Pyrénées des risques majeurs, Bagnères-de-Bigorre.

15 novembre 2019 :

Loménie de Brienne et son ambition de faire de Toulouse une capitale des Lumières.

« Ecrire autrement l’histoire de Toulouse ? ». Conférence-débat de l’Académie des Sciences, Inscriptions et Belles-Lettres de Toulouse.

24 janvier 2019 :

Autour du tremblement de terre pyrénéen du 21 juin 1660. Conférence donnée dans le cadre des conférences annuelles de la Société Historique et Archéologique de Pamiers et de la Basse Ariège.